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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 22:54
Bonjour à toutes et à tous,

Me voici de retour après un séjour parisien très riche. Dans cette ère de désinformation patante, je voudrais témoigner de mon expérience du lundi 7 avril 2008, jour du parcours de la flamme olympique à Paris et du rassemblement pour les droits de l'homme au Tibet sur la place du Trocadéro. Avec quelques amis, nous sommes venus soutenir le peuple tibétain, et au-delà, tous les peuples opprimés par les dictatures à travers la planète. Bien évidemment, le plus pacifiquement du monde. Depuis ma plus tendre enfance, je me demande pourquoi le monde est si violent, et pourquoi les nations se déclarent la guerre, la plupart du temps, au nom de leurs religions. Je n'admets pas la violence, d'aucune sorte. Je pense que des êtres et des nations adultes devraient cesser de s'entretuer pour de l'argent, un bout de terre, du pétrole ou des matières premières, ou pour le simple plaisir boulimique de dominer l'autre. Je pense que tout a un sens. Et que nous devons nous attacher à comprendre le sens de toute chose, plutôt qu'à combattre lorsque nous ne comprenons pas.


Nous sommes restés de midi à 15 heures sur la place du Trocadéro, à écouter les interventions de Corinne Lepage, Jane Birkin, Irène Frain, des représentants de la communauté tibétaine, de la Ligue des Droits de l'Homme, du Darfour, des dissidents chinois. L'un de ces derniers est venu témoigner de la manière dont il avait été traité après le mouvement de contestation étudiante de Tian an Men en 1989 : avec des amis, il avait "osé" lancer des oeufs sur le portrait de Mao. Résultat, ils furent respectivement condamnés à 16, 19 et 20 ans de prison. L'histoire ne dit pas combien un oeuf valait d'années de prison...


L'ambiance était pacifique. Les "manifestants" faisaient clairement la distinction entre le peuple et le gouvernement chinois. Pour preuve, notre ami lanceur d'oeufs fut chaleureusement applaudi par son auditoire. Il ne s'agissait donc en aucune manière de fustiger les chinois, mais seulement l'art de la dictature au pays de Mao.


Dans ces photos, j'ai volontairement évité de photographier les gens de face. Je sais que nous sommes dans un pays où la liberté d'expression règne... encore, mais tout de même.


Et voilà le verso...


Gandhi, sans H, même si cet Homme mérite un H majuscule...


On aperçoit Irène Frain, à la droite de l'image. Les anneaux olympiens stimulent l'imagination des opposants à toutes les formes d'atteinte aux droits de l'homme.

Nous avons décidé de nous rendre vers 15h place de la Concorde, sur le parcours de la flamme olympique, sans savoir cependant où elle était précisément à cette heure. J'avais acheté un grand drapeau tibétain, deux d'entre nous avaient de petits autocollants arborant le drapeau tibétain sur nos manteaux, et une troisième avait récupéré un petit drapeau fanion. Nous nous sommes heurtés à un premier barrage de police. "On ne passe pas". Cette rue-là était interdite aux "manifestants". Même barrage à l'entrée de la rue suivante. Filtrant celui-là. Nous entendons dire que l'on ne passait pas si l'on avait un drapeau tibétain. Nous rangeons donc nos drapeaux dans nos sacs. Je décolle l'autocollant de mon manteau, le recolle sur mon pull, referme mon manteau. Mes quatre amis franchissent le "barrage". Pas moi. "Avez-vous des drapeaux", me demande-t-on ? Je réponds non. Ce que je déplore par la suite. Pourquoi n'avoir tout simplement pas eu le courage de dire oui ? Le gendarme me demande alors d'ouvrir mon manteau. Je m'exécute. Si j'avais collé mon drapeau sur mon soutien-gorge, m'aurait-il demandé de me dévêtir ? "Vous avez menti". "Et la démocratie ?", lui réponds-je. "En quoi le fait de porter un drapeau tibétain m'interdit-il d'emprunter cette rue ? Le gendarme n'en démord pas : "la démocratie ? Mais vous avez été autorisés à manifester. Maintenant, le fait de porter ce drapeau ne vous donne pas le droit d'emprunter cette rue".



Je suis un peu hébétée. Je ne suis pas une manifestante rodée. C'est la première fois que je participe à un rassemblement. Parce que la désinformation et les mensonges m'accablent. Parce que je ne supporte plus ce monde dans lequel une poignée d'individus agissent pour leur seul profit, au détriment de la planète toute entière et de ses habitants. Parce que j'ai voulu, par ma présence, apporter, à ma petite échelle, mon soutien à un prix Nobel de la Paix qui lutte depuis cinquante ans pour que ses concitoyens aient le droit d'exister selon leurs us et coutumes. Parce que je considère que le peuple tibétain s'est sacrifié pour l'humanité toute entière : l'invasion chinoise a permis à la pensée bouddhiste tibétaine d'essaimer dans le monde, et d'éveiller nos esprits au sens de l'existence, à la quête de sagesse et de compassion. Parce que je crois que nous devons en retour, même par nos simples pensées, soutenir l'énergie du peuple tibétain, du territoire tibétain et de son chef spirituel. Et pour cela, avec mon petit autollant sur le coeur, et mon grand drapeau tibétain dans mon sac à dos, je ne peux pas circuler librement dans la capitale du pays des droits de l'homme.



Je téléphone donc à mes amis, de l'autre côté du barrage. "Ils ont arrêté P.", me dit F. Car P. avait caché son petit fanion pour franchir le barrage, et l'avait obstinément ressorti un peu plus loin. Un gendarme s'est alors avancé vers elle. L'un de nos amis, non-voyant, a alors lâché le bras de son père pour prendre le bras de cette amie : "Maintenant, c'est toi qui me sers de guide". Je lui laisse la parole puisque j'étais à une vingtaine de mètres en arrière : "
Une fois le barrage passé, nous avions décidé d'aller sur le trajet de la flamme olympique et une amie a ressorti le petit drapeau de papier qu'elle avait. L'un des CRS l'a vu et est venu s'interposer physiquement devant nous, alors que cette amie me guidait (du fait de ma cécité). Il s'est saisi du petit drapeau de papier et l'a déchiré ! Nous nous sommes indignés de cette intervention quelque peu musclée, rappelant à l'homme que la Liberté d'Expression était une des libertés fondamentales françaises. Un supérieur de l'agent est alors intervenu et je lui ai demandé sur quelle base était fondée cette action. Il m'a répondu "ne faites pas le malin, c'est une mesure administrative, c'est tout". Je lui ai alors fait la remarque que tout administré avait le droit d'être informé de toute mesure le concernant et des lois ou règlements qui la justifiaient. Sa seule réponse fut qu'il avait ordre de déchirer les drapeaux Tibétains, et il menaça de nous "embarquer"...

Le lendemain matin, dans le journal du matin d'Europe 1, vers 8h, j'entendis que la ministre de l'intérieur Michèle Alliot Marie démentait que des ordres de confiscation et de destruction des drapeaux tibétains avaient été donnés à la police et la gendarmerie...

La majorité des "manifestants" étant certainement non-violente, n'aurait-il pas mieux valu laisser chacun libre d'agiter le drapeau de son choix pacifiquement sur le parcours de la flamme olympique, en respectant le passage des athlètes, mais en montrant leur désapprobation du régime chinois ?



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commentaires

volsul 16/04/2008 08:30

Merci pour ton com sur mon blog et effectivement, ton article trés intéressant m'a fait réagir, nul ne peut rester insensible au fait qu'un être humain exerce un pouvoir violent sur un autre être humain !

Helene H 15/04/2008 23:30

Merci de ton témoignage édifiant.Petite précision : je n'étais pas en France la semaine dernière et ces incidents faisaient à peine un entrefilet dans les médias étrangers. Merci Internet.

isabelle56 15/04/2008 12:30

Je partage entièrement ta vision des choses ...Il n'y a personne qui soit né sous une mauvaise étoile, il n'y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel. [Dalaï Lama] ...Bises

volsul 15/04/2008 09:00

coucou, je viens de mettre à l'honneur ton article sur mon blmog car je partage entièrement ton point de vue et d'ailleurs je suis ravie d'avoir découvert ton blog qui est une ouverture sur notre monde où je suis vaoyage essentiellement en virtuel, je suis plutôt une voyage par la pensée qu'avec les pieds mais sur ton blog, c'est le pied !

volsul 15/04/2008 07:44

Merci pour ce reportage photos qui donne à voir l'envers et la vérité du décor !

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New : mon camino portugais!

Lorsqu'en mai 2012, j'ai entamé au Puy-en-Velay mon itinéraire jacquaire, j'étais loin d'imaginer succomber à la magie de ces voies légendaires. Et repartir sur la Via Lusitana moins de six mois après mon arrivée à Saint Jacques de Compostelle. De Lisbonne, je me suis lancée le 20 avril 2013 sur le "caminho portugues". S'il souffre parfois de longues portions de routes asphaltées et dangereuses, ce chemin n'en demeure pas moins fondamental...pour l'Histoire de l'humanité !

Pour tout savoir sur cette Via Lusitana, cliquez sur COMPOSTELLE 2013

Et bien sûr,  la rubrique Via Podiensis et Camino Francés, cliquez sur COMPOSTELLE 2012

Compostelle 2012

1600 kilomètres ! Partie du Puy en Velay le 5 mai 2012, j'ai marché jusqu'à Saint Jacques de Compostelle en 4 fois : 11 jours en mai, 13 en juin, 11 en août et 33 en septembre-octobre. Après une journée de repos à Saint Jacques de Compostelle, j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé en ralliant Fisterra, la fin des terres galiciennes, tournée vers l'Amérique, les pieds dans l'Océan. De belles rencontres chaleureuses, des encouragements mutuels, le respect de la nature et d'autrui, l'entraide de tous les instants, entre pèlerins et autour des pèlerins, cheminement intérieur et spirituel ont jalonné cette merveilleuse aventure humaine. J'ai salué Saint Jacques dans sa dernière demeure le 22 octobre 2012 sur le Champ des Etoiles, après avoir fêté mes cinquante ans au sommet d'O Cebreiro, et noyé mon regard dans l'azur de l'atlantique le 26 octobre avant, pour la première fois depuis le départ, de rebrousser chemin pour redescendre du phare de la fin des terres ! Pour accéder à la liste à jour des articles publiés, et au détail des articles sur Compostelle 2012, Via Podiensis et Camino Francés, CLIQUEZ ICI

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