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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 00:55

Chapitre 1 : "Le petit prince d'Angkor, page 8"

 

Photo : dans un des pays les plus pauvres du monde, dont un million d'habitants a disparu sous la torture des Khmers Rouges, le sourire illumine les visages. La convivialité, la chaleur de l'accueil sont de mise. De quoi déchanter lorsque, quelques instants après l'atterrissage en France, l'on doit affronter les mines taciturnes de nos compatriotes dans les transports en commun parisiens.

 

« Entre seize et vingt-quatre ans. C’est la période idéale pour les jeunes filles. Les hommes, eux, se marient un peu plus tard, entre vingt-sept et trente ans. Le temps d'amasser un petit pécule pour financer les dépenses du mariage ». Rattha appréciait la beauté de sa petite voisine. « Je n'en demande pas plus. Ni à devenir riche. Je souhaite juste avoir suffisamment pour vivre et nourrir ma famille ».
 
Il me déposait à l'entrée des sites. Je lui donnais rendez-vous une ou deux heures plus tard. Lorsqu'à mon retour, je m'inquiétais de savoir s'il s'était reposé, peu habituée que j'étais de m'accorder un chauffeur pour la journée, sa réponse demeurait invariable : « Je n'ai pas eu le temps. J'ai mangé, un peu. Parlé. Écouté les autres ». Il aimait la simplicité, la nature. Il souriait tout le temps, aimait dialoguer avec les gens. Il était toujours d'égale humeur, prévenant, attentif. Même lorsqu'il devait me ramener à l'hôtel, à l'arrière de sa mobylette fatiguée, et sous une pluie battante. « You are OK ? ». Moi, oui. A l'abri sous ma cape de pluie. « And you ? ». « Oh, I'm fine », me répondait-il toujours en éclatant de rire, trempé jusqu'aux os. Sa petite fiancée le rendait joyeux en toute circonstance. Son cœur battait pour elle.
 
 
Rattha masquait tant bien que mal son inquiétude. La jeune fille ne lui prêtait plus guère d'attention : « avant, on se parlait tout le temps. Mais on s'est un peu chamaillés ». Depuis, elle l'évitait. Elle ne s'intéressait plus à lui comme avant. Il avait peur de la perdre avant d'avoir pu conquérir son cœur. N'allait-il se noyer dans l'océan de son indifférence ? Il n'osait pas lui dire son amour. « I'm afraid ». Et pourtant, c'était la femme de sa vie. Il le savait. Déjà. Il espérait, si Bouddha exauçait ses prières, avoir amassé assez d'argent dans quelques années pour pouvoir l’épouser. Lui offrir une vie décente. Fonder une famille. Et lui faire des enfants. Deux seulement. Un garçon, une fille. Pour pouvoir leur apporter l'éducation adéquate. Lorsque nous nous sommes quittés, à l'aéroport, il m'a demandé quand je reviendrai à Siem Reap. « Pour ton mariage », lui ai-je répondu, des sanglots dans la voix. Peut-être jamais.
 
 
 

Pour connaître la suite de l'histoire, rendez-vous le mardi 12 juin 2007

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cath 11/06/2007 20:13

J'ai commencé à lire un peu le chapitre du "petit prince d'Angkor". J'en suis encore toute émue, car j'en ai rencontré un de ces petits princes d'Angkor, en avril dernier. Il s'appelait Phiep, c'était mon chauffeur de tuk-tuk pendant 4 jours, pour la visite des temples d'Angkor. Lui, était un peu plus âgé. Il avait déjà une famille à nourrir, une femme et une petite fille. J'ai 40 ans. C'était mon 1er voyage en Asie. Je n'étais jamais sortie d'Europe, alors que le continent asiatique m'appelait depuis de longues années (dans un poème, il y a longtemps, j'avais écris que je rêvais de l'Asie magique et de lointains territoires). J'avais peur en avion, il est vrai. Mais plus simplement, ma vie, mes aspirations personnelles étaient ralenties, bloquées quelque part. Moi, c'est mon psychisme qui était malade. Et là, depuis quelques mois, il commençait à guérir, au point que me sentant des ailes, je programmais un voyage au Cambodge et au Vietnam.
 
Mon petit prince d'Angkor à moi, fût mon premier contact avec l'Asie. Toujours, je me souviendrai, de ce soir, à l'aéroport de Siem Reap, où après 14 ou 15 h de vol, 3 atterrissages, 3 décollages, bourrée de lysanxia, j'arrivais en Asie, vaccinée à tout jamais de ma peur en avion. Il était venu nous chercher en tuk-tuk, avec un de ses collègues, pour nous conduire à notre hôtel. Il était aimable, souriant, ravi que mon fils cadet se fasse une joie de monter en tuk-tuk. Il faisait chaud et lourd, malgré que le soleil soit couché, et la vitesse du tuk-tuk qui se faufilait dans la circulation nous apportait beaucoup d'air. Une sensation de canicule, de grand air et de douceur, à la fois. Des cocotiers, des scooters avec 2, 3, 4 personnes dessus et des tuk-tuks partout. Ca y était, c'était là, maintenant, j'étais en Asie. Moi, frôlant les autres véhicules, coupant les virages à gauche, roulant parfois à contre-sens, alors qu'habituellement je supporte difficilement les trajets en voiture, lorsque ça n'est pas moi ou mon mari qui conduisons. J'ai une confiance inébranlable en ce jeune homme, que je ne connais que depuis quelques minutes. Il a l'air si adroit. Mes peurs sont restées à Orly, avec tout le conformisme et l'excès de sécurité de la vie occidentale.
 
Oh, il y aurait encore beaucoup à dire, sur ce "petit prince d'Angkor" là, aussi. Ce commentaire n'y suffirait pas. Je retiens surtout nos conversations dans un anglais approximatif (le mien autant que le sien). M'ayant interrogée sur le climat que nous avions à Paris, j'en étais venue à lui expliquer que nous avions certaines années quelques semaines de canicule en été. Il avait l'air si désolé, en apprenant que certaines personnes âgées, peu habituées à de telles températures chez nous, en mourraient.
 
Voilà, c'était ma façon, à moi de saluer votre blog, et votre passion pour toutes les formes de voyage.

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New : mon camino portugais!

Lorsqu'en mai 2012, j'ai entamé au Puy-en-Velay mon itinéraire jacquaire, j'étais loin d'imaginer succomber à la magie de ces voies légendaires. Et repartir sur la Via Lusitana moins de six mois après mon arrivée à Saint Jacques de Compostelle. De Lisbonne, je me suis lancée le 20 avril 2013 sur le "caminho portugues". S'il souffre parfois de longues portions de routes asphaltées et dangereuses, ce chemin n'en demeure pas moins fondamental...pour l'Histoire de l'humanité !

Pour tout savoir sur cette Via Lusitana, cliquez sur COMPOSTELLE 2013

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1600 kilomètres ! Partie du Puy en Velay le 5 mai 2012, j'ai marché jusqu'à Saint Jacques de Compostelle en 4 fois : 11 jours en mai, 13 en juin, 11 en août et 33 en septembre-octobre. Après une journée de repos à Saint Jacques de Compostelle, j'ai atteint l'objectif que je m'étais fixé en ralliant Fisterra, la fin des terres galiciennes, tournée vers l'Amérique, les pieds dans l'Océan. De belles rencontres chaleureuses, des encouragements mutuels, le respect de la nature et d'autrui, l'entraide de tous les instants, entre pèlerins et autour des pèlerins, cheminement intérieur et spirituel ont jalonné cette merveilleuse aventure humaine. J'ai salué Saint Jacques dans sa dernière demeure le 22 octobre 2012 sur le Champ des Etoiles, après avoir fêté mes cinquante ans au sommet d'O Cebreiro, et noyé mon regard dans l'azur de l'atlantique le 26 octobre avant, pour la première fois depuis le départ, de rebrousser chemin pour redescendre du phare de la fin des terres ! Pour accéder à la liste à jour des articles publiés, et au détail des articles sur Compostelle 2012, Via Podiensis et Camino Francés, CLIQUEZ ICI

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